Le sèche larmes


roman d’Hélène Grosso


Deux amies se trouvent simultanémént face à l'amour, face à la brutale maladie, vase communiquant improbable. Elles se servent davantage de leur intuition pour évoluer, que d'une réelle stratégie, avec une volonté sans mélange, rouge et bleu.


« Ce soir-là, j’étais vite remonté me mettre au lit pour terminer L’homme qui rit, un roman impressionnant qui me régalait. Après avoir lu les dernières pages, je ne pouvais pas me détacher de l’histoire, je continuais à rêvasser aux monstruosités humaines décrites par Hugo, en suivant sur le mur l’ombre mouvante des branches de l’abricotier du jardin, au clair de lune et au vent d’hiver. J’en étais là, quand je sentis ma bouche pâteuse, ma langue comme gonflée. Je tendais le bras pour prendre un verre d’eau quand tout à coup, je me mis à trembler, et en un jet, je sentis un caillou remonté de mes pieds à ma tête avec une force incroyable. Mon corps devint dur et je le sentis peser mille tonnes pétrifiés. Puis de violents tremblements me capturèrent en même temps que mes muscles raidis par une puissance incroyable, me tenaient tétanisée, je ne pouvais rien faire, ni appeler, ni bouger. Je ne sais combien de temps cela dura, j’ai cru que je mourais vingt fois. Quand enfin, je pus contrôler un peu mes gestes, je faisais tomber tous ce qui était sur ma table de chevet pour alerter mes parents. J’étais trop exténuer pour appeler.
C'était comme si Je sortais d’un film catastrophe sans connaitre le scénario, une grande frousse m’envahit.
Maintenant je connais cette bande-annonce, c’était une crise d’épilepsie. Mais personne n’en sait beaucoup plus car le syndrome de Landau et Kleffner dont je venais de connaître le premier argument, reste un mystère pour les neurologues. Le lendemain, j’avais des difficultés à articuler et à parler. Puis le symptôme s’est installé chez moi comme chez lui, de plus en plus intime, et une semaine plus tard, et après deux crises en sus malgré le traitement, je perdais totalement la parole.
La maladie court toujours, il y a toujours ce bordel latent dans ma tête. Je vis assez bien ainsi, muette, les crises sont de plus en plus rares. Mais je ne serai jamais guérie. Les médecins n’y comprennent rien.
En attendant, je vis, je raccommode.
Avec un boeuf sur la langue.
Je ne pourrais jamais dire Je t'aime à un homme et il faudrait vivre avec ça ? »